Ce Lundi 24 Mars, je suis allé visité la maison de champagne Louis Roederer pour la deuxième fois, c’est toujours un moment unique et très agréable d’être convié de la sorte. Cette journée était composée de trois temps : vignes, caves, dégustations/déjeuner.
Café dans les vignes de Verzenay / Montagne de Reims
Lorsque Louis Roederer prend les rennes de la maison en 1832, il comprend tout de suite que pour faire un grand vin, il faut des grands raisins. Ce sont donc sur les premières vignes historiques de la maison à Verzenay que nous avons pris le café, Louis Roederer y achèta ses deux premières parcelles en 1841, ce secteur est principalement planté en Pinot Noir et ces vignes sont destinées majoritairement à la cuvée Cristal car elles sont presque sur de la craie affleurante. Les vignes du village voisin Verzy, également classé grand cru, avec des sols plus profonds et riches seront majoritairement destinées au brut vintage (mon préféré de la gamme). La maison dispose également de vignes sur la Vallée de la Marne (Aÿ, Cumières, etc..) pour le rosé notamment, ainsi que la cuvée Brut Nature (collaboration avec le designer Philippe Stark)
Et dans quasiment toute la Côte des Blancs (100 hectares de vignes) avec Avize comme centre de gravité pour le blanc de blancs et Cristal, pour la maison Roederer, ce village est l’équilibre parfait entre fraicheur et fruit. La maison dispose un total de 250 hectares de vignes (420 parcelles) dont 135 en bio et tout le domaine Cristal depuis 2012 (environ 35/40 hectares). Elle s’autosuffit à 70% et achète en grosse majorité des pinot meunier pour équilibrer l’assemblage de la cuvée Collection. Seule cette dernière cuvée est un champagne de négoce chez Louis Roederer, les autres sont millésimés et font toutes partie des vignes domaines dont 35/40 hectares uniquement dédiés aux champagnes Cristal brut et rosé.
Cette maison de négoce existait déjà quand Louis Roederer a acheté ses premières vignes sur Verzenay, elle appartenait à son oncle alsacien qui l’avait créée en 1776. Et elle demeure familiale avec la famille Rouzaud, Frédéric, à la tête et arrière petit fils de Camille Orly-Roederer qui a redonné ses lettres de noblesse après la seconde guerre mondiale. Les autres hommes marquants de la maison est Louis Roederer II qui envoyait environ 600.000 bouteilles en Russie fin du 19ème siècle et qui a conçu un verre en cristal pour le star Alexandre II. Ce dernier voulait d’un flacon unique en cristal. Et aussi sécurisé avec une bouteille transparente et à fond plat pour éviter les attentats sur sa personne.
L’actuel chef de cave Jean Baptiste Lecaillon (JBL) œuvre énormément depuis son arrivée début des année 1990, il a été influencé par la permaculture en 1989 lorsqu’il fait un stage en Tasmanie et tente de remettre le vivant au cœur du vignoble Louis Roederer. En 2000, il stoppe les herbicides dans les vignes pour disposer d’un sol vivant, l’herbe est même une alliée suivant les conditions climatiques. Lors du labourage (30 hectares à cheval pour les vignes et très vieilles vignes), l’herbe est même laissée comme nutriment pour le sol et la vigne. Même principe lorsque la maison décide d’arracher un vigne, elle la laisse en jachère 2/3 ans en replanter des plantes pour régénérer les sols avant de replanter de la vigne. En 10 ans, la maison a replanté 7 km de haies pour continuer à réimplanter le vivant dans les vignes. Ce sont aussi des nichoirs positionnés à l’approche des parcelles pour ramener les mésanges et chauve-souris pour lutter naturellement contre les insectes nuisibles de la vigne. En 2010, JBL change la taille des vignes progressivement « en flux de sève » pour respecter la vigne et qu’elle soit dans des meilleures conditions de repos l’hiver et ainsi en meilleure santé lors de la période de production.
Il implante aussi dans les vignes de Bouleuse (Massif de St Thierry, secteur le plus au nord de la Champagne) un conservatoire des meilleures vignes massales de la maison, elle y a d’ailleurs le statut de pépiniériste pour ensuite replanté tout son vignoble lors des pertes de pieds de vignes tous les ans.
Visite de la Cuverie à Reims
C’est un outil phénoménale dont dispose la maison, une première salle de cuves et foudres tronconiques accueille, de façon parcellaire, les 420 parcelles de la maison + les achats de raisins. Les différentes parcelles sont ensuite assemblées dans une autre salle pour commencer à dessiner la gamme. Les millésimés sont aussitôt mis en bouteille (environ un an après les vendanges) et d’autres vins seront destinés aux 2 réserves pour la cuvée Collection. La première réserve est dite perpétuelle, initiée en 2012, dans des cuves inox pour garder la fraicheur du vin et la deuxième réserve est un parc de 160 foudres de fûts de chêne qui continuent à garder en collection chaque cru et chaque millésime. Cette dernière réserve a le but de faire « évoluer » lentement les vins avec la micro oxygénation et représente environ un million de bouteilles.
La maison traite Cristal à part dans sa gamme, cette cuvée est encore placée sur pupitre et remuée à la main, nous sommes d’ailleurs accompagnés d’un remueur (Guillaume) qui nous parle de ce métier artisanal qui se perd et qui est plus précis selon lui qu’un remueur mécanique. Pour lui, il lit le vin tous les jours à l’aide d’une bougie, pour comprendre les lies encore collées dans la bouteille pour les faire descendre dans le goulot de la bouteille. La moyenne de production est de 350.000 bouteilles environ et il remue manuellement en 1 demi-journée l’équivalent de 28.000 bouteilles, ils sont encore 2 à la maison à s’occuper de ce remuage chez la maison Louis Roederer.
L’Art est également intimement lié à la maison, elle dispose d’une fondation pour promouvoir l’art et accueille aussi quelques artistes (Stark depuis plusieurs années) pour produire des œuvres uniques pour la maison.
Le dernier artiste (Duy Anh Nhan Duc), franco coréen et plasticien, a produit les quelques œuvres ci-dessous :
1. Bloc de craies, avec des lignes dorées qui représentent les lignes de la main de chaque employé de la maison Roederer,
2. Plateau en résine emprisonnant toutes les espèces de végétaux dans une vigne Roederer en jachère,
3. Bloc de craie issue de la vigne avec en son centre un demi globe creusé et doré représentant le soleil
Place à la dégustation dans au RDC de la Cuverie
# Collection brut 245
Base 2020 à 55%, le champagne est riche et frais. La finale finit sur un petit fruité (plutôt petit fruit rouge type cerise) accompagné d’une belle finesse minérale crayeuse.
J’hésite sur sa place dans la dégustation, un peu en dessous du brut vintage 2016 mais imbattable niveau rapport qualité/ prix donc numéro 2ème sur 4.
# Rosé vintage 2017
Je retrouve ses notes végétales au nez, épicé noble, printanier tirant sur la fleur blanche et séveux, j’ai eu la même impression sur le Krug vintage 2011, goûté à Reims, il y a peu de temps. On n’a pas l’impression d’être sur un rosé même si ce champagne dispose d’une enveloppe fruitée, boule de fruit marqueur d’un rosé caressant tout en délicatesse. Pour les rosés, Louis Roederer utilise la technique de l’infusion depuis 1974 et la création du cristal rosé. Le but est ni de produire un rosé de macération, ni un rosé d’assemblage de vins blanc et rouge. Ici la maison assemble, dès la vendange et dès sorites de presse, les jus de raisins blancs et rouges, en suite le mélange part en fermentation alcoolique.
# Brut Vintage 2016
C’est la cuvée la plus démonstrative de la gamme mais sur le millésime 2016, il est tenu par l’énergie intrinsèque du millésime. L’énergie, et non l’acidité, prévient directement la qualité du vin au premier nez. Ce qui équilibre avec caractère généreux des sols argileux de Verzy. La bouche dispose d’une enveloppe fruitée, complexe, presque briochée sur un début d’évolution. La minéralité fait filer cette enveloppe de vin fruité très loin. Moins noiseté que les vintages des millésimes précédents, beaucoup plus équilibré, génial ! Top 1 !!
# Blanc de blancs vintage 2017
Même impression végétale de fleur blanche mais le chardonnay rond et crémeux jouent bien sa partition. Certains y ont trouvé de la minéralité que je n’ai pas ressentie. C’est certes un blanc de blancs caressant tout en délicatesse, aussi apporté la prise en petite mousse (moins de pression et donc de bulles dans la bouteille). 3ème sur 4.
Suivi d’un déjeuner à l’hôtel particulier Louis Roederer
# magnum de Collection 244
Servi sur mignardises avant de passer à table, ce champagne est plus rond que le 245, plus opulent mais la finale reste ciselée. Au deuxième verre, le fruité prend davantage d’ampleur mais il reste élancé et digeste.
# Cristal Roederer brut 2016
Même profil que le brut vintage mais dispose d’une enveloppe de chair plus dense qui lui permettra de vieillir et de se bonifier dans les 10/20 ans à venir.
Servi sur Risotto de céleri, carpaccio de veau et son jus de viande
# Cristal Roederer brut 1993
Pour un millésime jugé mauvais en Champagne, la maison montre tout son savoir faire. Peu de maisons ont millésimé sur cette année. Le fruit s’est épuré avec le temps et est à la limite de l’évolution trop présente. Mais la minéralité équilibre le tout pour ne pas passer dans l’écœurant.
Cette évolution maitrisée et puissante, joue parfaitement avec la pintade rôtie et son jus de viande épais et nappant!
# Vintage blanc de blancs 2005
Même impression de délicatesse de bulles, voir plutôt un vin beurré avec l’évolution qui en fait un champagne très plaisant avec de la chair mais le champagne reste tenu par cette salinité rafraichissante.
Accord parfait avec le brie à la truffe !
N.B : notes que je n’ai pas pu casées dans les paragraphes précédents mais je ne trouve intéressant de mentionner :
– Les anciennes couleurs rouge et bleu sont celles de la casaque de l’écurie que les Orly Roederer / Rouzaud détenait dans les années 60/70, créé par Camille. Et dont en est sorti un immense champion, le cheval Jamin. Ces couleurs trônent toujours sur les bornes et piquets délimitant les vignes Louis Roederer
– 2018 a apporté une année prolifique et j’apprends que pour la première fois, la maison n’a pas produit qu’un seul lot de cristal, 3 au total avec certainement 3 dégorgements différents… Pas pu savoir pour quelle raison, secret!
– Sur leur vigne domaine, avec une viticulture proche de la biodynamie, le rendement est toujours inférieur au quota de l’appellation champenoise, environ 30% de moins.